Formé à la fin des années 80 à Sacramento le groupe est alors composé de Stephen Carpenter (guitare), Abe Cunningham (batterie), et Chino Moreno (chant), Chi Cheng ne les rejoindra qu'après quelques concerts. Aidé par l'argent récolté par Stephen Carpenter après qu'il se soit fait renversé par un conducteur ivre le groupe commence à tourner et à se former son identité.
Les Deftones ont prouvé tout au long de leur carrière qu'ils étaient capables d'évoluer musicalement et de ne pas rester consigné à un style trop "cliché". Chaque album a son atmosphère propre et chaque pièce a contribué à définir l'essence même de leur style: à la fois sensuel et violent, mené par la voix déchirante et passionnée de Chino Moreno et à la guitare brutale de Stephan Carpenter.
Qu'il s'agisse de ce premier opus Adrenaline ou de l'étonnant White Pony, le groupe parvient toujours à retranscrire avec sincérité son message. Pas de bourrinage sans fondement qui n'est que trop la marque des groupes qui sont heavy parce qu'il faut l'être. deftones ne s'énerve pas en vain et surtout, deftones sait se calmer avec superbe et s'est allier puissance et emotion d'une façon inégalable.
Il faut sans nul doute y voir le résultat de la fusion de quatre approches de la musique, qui se confrontent (s'affrontent même parfois !) pour aboutir à la rencontre improbable du metal prôné par le guitariste Stephen Carpenter, d'une voix à la chaleur peu commune et d'une section rythmique partagée entre des lignes de basse souvent simples et directes et un jeu de batterie loin des stéréotypes métal mais pourtant toujours facile à aborder. C'est dans cette association –virulence des guitares et intensité vocale- que deftones séduit d'abord. On s'étonne de voir à quel point Chino sait s'adapter aux circonstances pour finalement s'en rendre maître : jonglant sans peine entre une agressivité sans demi-mesure (voyez 7 words, My Own Summer (shove it), Elite et When Girls Telephone Boys !) et, bien souvent dans le même morceau, une sensibilité à fleur de peau, la voix du frontman marque les esprits.
Passés les premiers temps où l'on aura aimé deftones pour ses riffs et son leader, l'on pourra se plonger plus avant dans la complexité du groupe. Car si deftones fait des merveilles de simplicité (incroyable Be Quiet And Drive, titre techniquement presque enfantin et pourtant chargé de richesses que foule de groupes qui passent leur temps à branler les manches de leurs guitares sur fond de double pédale forcenée pourrait envier), il y a aussi chez eux une certaine profondeur, pour laquelle on hésitera pas à réserver des moments privilégiés. Indubitablement, des albums tels que White Pony ou l'éponyme ne peuvent s'écouter uniquement d'une oreille distraite. Les ambiances mises en oeuvre mais surtout la richesse du son de ces albums appellent à une immersion qui dépasse le caractère immédiat de titres tels que ceux d'Adrenaline ou le très écorché Head Up sur Around The Fur (pour ne citer que lui). deftones est certes un groupe accessible, ce n'est pas pour autant un groupe simpliste. Nous avons affaire à une grosse pointure, à un groupe capable de distiller une musique aussi émotionelle que ravageuse.
Etudiant la musique du groupe, il ne faudra pas négliger d'évoquer la production, à chaque fois assurée par Terry Date, dont le travail est éminemment remarquable à partir d'Around The Fur (Adrenaline est doté d'une production bien plus brute que ses successeurs, ce que l'on pourra peut-être regretter au vu des susnommés successeurs). Précise, la production de Terry Date rend avec un égal bonheur chaque instrument. Qu'il s'agisse de brutalité ou de mélodies bardées d'effets, les guitares sont toujours à l'avenant (et ce en dépit des évolutions du groupe sur chacun de ses albums : Terry Date leur a toujours rendu justice). Le chant est lui sublimé, alors que la section rythmique est tout bonnement exceptionnelle, avec un son de batterie superbe, ne laissant au hasard ni l'impact de la grosse caisse ni les subtilités prenant place du côté des cymbales. Quant à la basse, il suffit d'écouter un titre comme Change (in the house of flies) pour se convaincre qu'elle n'est pas en reste. Habitué depuis dix ans au travail de Terry Date, le groupe a pourtant décidé pour son dernier opus encore en préparation de s'adjoindre les services de Bob Ezrin, producteur mythique du The Wall des Pink Floyds. Cette petite révolution devrait permettre au groupe de rebondir une fois de plus, après tant d'année passées à se réinventer.
Contemplant la discographie de deftones (qui n'est pourtant guère fournie pour un groupe de cet âge), on ne saurait passer à côté de l'évidence suivante : quoique l'on puisse reprocher au groupe, on ne leur fera jamais grief d'avoir commis deux fois le même album. Mieux, on peut affirmer que le groupe s'est forcé à l'évolution tout au long de sa carrière.
En la matière, le plus fameux coup de poker de deftones est évidemment White Pony. Arrivé en pleine vague néo, alors que KoRn et Limp Bizkit –les vieux potes- engrangeaient le succès avec Issues pour les premiers et Chocolate Starfish and the Hot-Dog Flavored Water pour les seconds (album sorti quelques mois après White Pony), le poney deftonien prit magnifiquement à revers les attentes. On attendait de deftones de l'agressivité, des tubes comme My Own Summer (shove it), il n'en fut rien. C'est un album d'ambiances, bercé par une mélancolie tout à fait étrangère au genre qu'ont offert les deftones. Rupture dans l'évolution attendue du groupe et rupture dans l'époque, White Pony est le signe incontestable que deftones sait surprendre.
Pourtant, dès Around The Fur en 1997, on pouvait noter la propension chez eux à prendre de nouvelles directions. Si l'on retrouvait la rage passée sur des titres tels que Head Up, Around The Fur ou Rickets, d'autres présageaient un tournant plus mélodique (Dai The Flu et Be Quiet And Drive (far away) en tête). Mais même dans la violence, on pouvait noter dans les riffs de Stephen (surtout sur celui –mythique !- de My Own Summer (shove it)) un côté sinueux et très légèrement malsain qui évoque un peu Meshuggah, peut-être plus Will Haven ; direction qui se trouvera plus marquée dans le son de l'éponyme et totalement confirmée sur ce morceau inédit joué le 30 septembre 2004 à Anaheim (en écoute dans le radioblog).
Mais avant de parler d'avenir, revenons sur l'éponyme sorti en 2003 (la chronologie est un peu maltraitée dans ce chapitre, vous m'en excuserez). C'est là probablement l'album le plus difficile, pour deftones mais aussi pour les fans. Après le chef d'oeuvre White Pony, la direction à prendre n'était pas évidente, d'autant plus que Stephen n'était que très peu enclin à renoncer à un retour à une violence plus prononcée, violence à laquelle il avait renoncé à reculons sur White Pony. Les fans, eux, étaient partagés entre amoureux de White Pony et nostalgiques de la virulence première. On nous annonça ce nouvel opus comme bien plus « heavy » que le précédent et l'on se croyait confirmé par tous ces nouveaux attributs métal dont se parait le groupe à l'époque : guitares à 7 cordes, basse à 5 cordes, double pédale. Certes, cet éponyme fut plus violent, plus rageur que White Pony. Mais ce ne fut pas au prix d'un retour en arrière, puisque le son du groupe a largement évolué, retenant un peu de White Pony mais surtout accordant un rôle de plus en plus prépondérant à Frank Delgado qui dessine des ambiances, se glissant dans le couplet massif de Hexagram ou sur Minerva, dans des interventions discrètes mais pourtant cruciales.
Mon album préféré du groupe : "Around the Fur"
site de fan Français : http://www.deftnz.net/
Mes morceaux préférés du groupe :
- Change (in the house of flies)
- be quiet and drive far away
- Around the fur
- Pink maggit
- Damone
- The boy's republic
- My Own Summer
- Digital bath
- Hexagram
- Bloody cape
- Minerva
- Korea
- Hole in the earth



